Garmarna

deux doses de folklore suédois, une dose de rock, et un doigt d'électronique
Comment décrire Garmarna... voilà une tâche plutôt ardue. Il s'agit d'un groupe suédois, originaire du Jämtland, qui a ses racines dans la musique traditionnelle de cette région. Ils jouent une musique résolument sombre et puissante (le nom Garmarna signifie à peu de chose près Les chiens de l'enfer et est tiré de la mythologie scandinave), utilisant des instruments traditionnels et modernes. Leurs textes sont des poèmes traditionnels, en suédois ancien, à l'exception de quelques morceaux dans le dialecte du Jämtland, et du dernier album entièrement en latin. Les mélodies sont parfois traditionnelles, parfois composées par le groupe, mais toujours jouées de façon plutôt moderne, volontiers électrifiée ou électronique, surtout sur les derniers albums. L'énumération des membres du groupe et des instruments utilisés peut donner une idée de ce dont il est question:
Stefan Brisland-Ferner un monsieur très dynamique qui joue du violon (un peu électrique parfois), de la vielle à roue (avec une énergie qu'enviraient beaucoup de guitaristes de thrash), de la guitare sèche et électrique, et qui programme des samplers
Emma Härdelin la chanteuse, toute timide en concert, qui est aussi douée pour les chansons lentes et sombres que pour les morceaux plus dynamiques, et qui joue aussi du violon à l'occasion
Jens Höglin le batteur, très énergique, qui donne au groupe une bonne partie de son côté heavy, et qui joue aussi avec les samplers pendant les concerts
Gotte Ringqvist encore un monsieur dynamique, qui joue de plusieurs sortes de guitares, ainsi que du violon
Rickard Westman le bassiste, qui joue de son instrument soit à la main soit à l'électro-aimant (technique curieuse qui donne un son atmosphérique remarquable), et qui joue aussi de la guitare à la main ou à l'archet, ainsi que de la guimbarde

Le groupe est apparu au début des années 90, initialement sans chanteuse. Ils ont enregistré un démo en 1993, simplement intitulée Garmarna, où Emma apparait comme invitée sur deux morceaux. La musique est alors franchement inspirée par le folklorique, modernisée simplement par la batterie de Jens. Mon morceau favori est cependant Klevabergselden, instrumental où la guitare électrique apparaît saturée (chose rare chez Garmarna) et s'associe à merveille à la vielle et à la guimbarde.

Après ce début, Emma se au joint groupe définitivement et le quintet enregistre son premier album en 1994, intitulé Vittrad (qui signifie effondré ou décomposé), reprenant le même principe mais avec des textes sur une bonne moitié des morceaux. Les textes y sont très sombres, parlant de filles vendues ou enlevées (Den bortsålda, Liten Kersti) et d'enfants reniés (Straffad moder och dotter, qui se finit dans le sang). Les premières influences électroniques peuvent déjà y être ressenties.

Forts du succès de ce premier album, ils enchaînent en 1996 avec l'album Guds Spelemän (traduisible en gros par Les troubadours de Dieu, édité dans la version exportée sous le titre The Fiddlers of God). On y trouve une évolution discrète dans le style, renforçant les arrangements modernes, et comportant des textes toujours sombres mais un peu plus variés. L'un de mes morceaux favoris est Varulven, musicalement rapide et efficace, et dont le texte rappelle le Petit Chaperon Rouge, mais se finit mal (naturellement), avec un bras ensanglanté gisant au pied d'un arbre...

L'album suivant, Vedergällningen (exporté sous le nom Vengeance), est sorti en 1999 et expérimente plus franchement les aspects électroniques déjà tentés depuis Vittrad. Le premier morceau, Gamen (le vautour) est par exemple basé sur une rythmique redoutable, qui me rappelle presque Prodigy par moments, et sur laquelle s'ajoutent une guitare sèche et un violon électrifié, au point que le terme folklorique devient délicat à employer, même si la mélodie est dans un style traditionnel et si le texte est un poème ancien (parlant d'un roi mariant sa fille à un seigneur étranger qui la réduit en esclavage). Entre autres, l'album contient aussi le magnifique Bläck, chanson d'amour lente et nostalgique où la voix d'Emma se révèle des plus poignantes.

Enfin, le dernier album, sorti en 2001, s'intitule Hildegard von Bingen, du nom de la nonne du 12ème siècle des oeuvres de laquelle sont extraits les textes (en latin) de l'album. C'est un album plutôt court, musicalement nettement moins folklorique que les précédents. Le côté techno y est un peu trop marqué à mon goût, et le talent du groupe est au service d'une musique malheureusement moins originale, mais l'ensemble s'écoute agréablement tout de même.

Dans le genre musique folklorique revisitée, si vous aimez Garmarna (en particulier les premiers albums), je conseille dans le même style leurs amis de Hoven Droven, ainsi que leurs compatriotes du groupe Hedningarna, qui explorent des voix diffrentes. Dans le côté purement folklorique, Emma a aussi fait partie d'un groupe nommé Triakel (avec des membres de Hoven Droven), un peu plus difficile d'accès car plus orienté vers la chanson (en vieux suédois, donc). Sinon, j'ai remarqué récemment que Stefan Brisland-Ferner avait joué du violon sur l'album One Second de Paradise Lost. Étonnant, non ?
Et pour finir, quelques petits liens sur le groupe:
Page écrite par Emmanuel Beffara, modifiée le 19 mars 2003.