Le groupe est apparu au début des années 90, initialement sans chanteuse. Ils
ont enregistré un démo en 1993, simplement intitulée Garmarna, où
Emma apparait comme invitée sur deux morceaux. La musique est alors
franchement inspirée par le folklorique, modernisée simplement par la batterie
de Jens. Mon morceau favori est cependant Klevabergselden,
instrumental où la guitare électrique apparaît saturée (chose rare chez
Garmarna) et s'associe à merveille à la vielle et à la guimbarde.
Après ce début, Emma se au joint groupe définitivement et le quintet
enregistre son premier album en 1994, intitulé Vittrad (qui
signifie effondré ou décomposé), reprenant le même principe mais
avec des textes sur une bonne moitié des morceaux. Les textes y sont très
sombres, parlant de filles vendues ou enlevées (Den bortsålda,
Liten Kersti) et d'enfants reniés (Straffad moder och
dotter, qui se finit dans le sang). Les premières influences électroniques
peuvent déjà y être ressenties.
Forts du succès de ce premier album, ils enchaînent en 1996 avec l'album
Guds Spelemän (traduisible en gros par Les troubadours de
Dieu, édité dans la version exportée sous le titre The Fiddlers of
God). On y trouve une évolution discrète dans le style, renforçant les
arrangements modernes, et comportant des textes toujours sombres mais un peu
plus variés. L'un de mes morceaux favoris est Varulven,
musicalement rapide et efficace, et dont le texte rappelle le Petit Chaperon
Rouge, mais se finit mal (naturellement), avec un bras ensanglanté gisant au
pied d'un arbre...
L'album suivant, Vedergällningen (exporté sous le nom
Vengeance), est sorti en 1999 et expérimente plus franchement les
aspects électroniques déjà tentés depuis Vittrad. Le premier morceau,
Gamen (le vautour) est par exemple basé sur une rythmique
redoutable, qui me rappelle presque Prodigy par moments, et sur laquelle
s'ajoutent une guitare sèche et un violon électrifié, au point que le terme
folklorique devient délicat à employer, même si la mélodie est dans un
style traditionnel et si le texte est un poème ancien (parlant d'un roi
mariant sa fille à un seigneur étranger qui la réduit en esclavage). Entre
autres, l'album contient aussi le magnifique Bläck, chanson
d'amour lente et nostalgique où la voix d'Emma se révèle des plus poignantes.
Enfin, le dernier album, sorti en 2001, s'intitule Hildegard von
Bingen, du nom de la nonne du 12ème siècle des oeuvres de laquelle sont
extraits les textes (en latin) de l'album. C'est un album plutôt court,
musicalement nettement moins folklorique que les précédents. Le côté techno y
est un peu trop marqué à mon goût, et le talent du groupe est au service d'une
musique malheureusement moins originale, mais l'ensemble s'écoute agréablement
tout de même.