La carrière d'Hedningarna commence en 1987 lorsque les trois compères se
rencontrent, et en 1989 paraît leur premier album, simplement intitulé
Hedningarna. Il s'agit d'un album entièrement instrumental et
acoustique, fait de compositions d'Anders et d'airs traditionnels du folklore
suédois. Très calme et traditionnalisant, ce disque court met en évidence les
qualités des messieurs, tout en étant un peu moins accessible que ses
successeurs.
C'est en 1992 que paraît le deuxième opus, Kaksi (c'est-à-dire
simplement Deux en finnois), après l'arrivée au sein du groupe de Sanna
et Tellu. La musique gagne largement en variété, avec du chant sur la moitié
des morceaux, et l'intrusion de quelques effets sonores, dont l'électricité
qui apparaît sur le redoutable Ful Valsen. Le sens du rythme, ou plus
généralement du groove, est évident, comme sur le magnifique
Grodan, construit en crescendo sur un rythme imparable et embelli par
les deux voix. Je connais à peine la langue finnoise mais il semble qu'elle se
prête très bien à la chanson, en particulier par le sens de l'allitération
hérité de l'ancienne tradition poétique de cette culture.
Fort du succès de cet album, le groupe enchaîne en 1994 avec le troisième
album, Trä (Bois en suédois). Le son s'y enrichit encore, en
particulier avec l'intervention de Wimme Saari au jojk, forme de chant
sans paroles, traditionnel des peuples Sâmes (c'est assez difficile à décrire,
autant écouter les albums...). Mes favoris sur cet excellent album sont
peut-être Min Skog (ma forêt, en suédois), chanson musclée à
tendance écologisante, pleine de percussions, et Tina Vieri, admirable
chanson qui ferme le disque. Ou encore le magnifique Vargtimmen,
standard du folklore scandinave, aussi intéressant que l'interprétation qu'en
font leurs compatriotes métaleux de Finntroll. Mais je pourrais citer toutes
les autres, tant l'album garde une atmosphère et un énergie intactes de bout
en bout.
En 1996, les deux chanteuses marquent une pause en quittant temporairement le
groupe, et les trois messieurs, rejoints par Ulf, publient en 1997 le
quatrième album, Hippjokk. Largement instrumental, cet album a un son
à la fois plus moderne, avec une pointe d'électronique, et intemporel, avec
l'aspect païen que donnent le jojk et les instruments à l'ancienne inventés
par le groupe. En dehors de l'unique chanson Drafur och Gildur (du
noms de deux personnages de la mythologie de l'île de Gotland), l'album est
très continu, bien rythmé du début à la fin, comme par exemple sur
Dolkaren et sa sonorité si particulière, ou Skåne, polska
irrésistible.
Le dernier disque en date est Karelia Visa, paru en 1999. Intitulé
chanson de Karélie en suédois, du nom de la région (entre la Finlande et
la Russie) d'où il puise son inspiration et la langue des textes, il revient
au son assez traditionnel de Kaksi, peut-être un peu plus contemplatif.
Le retour de Sanna et l'arrivée d'Anita montrent que la formule des chansons
harmonieuses sur des rythmes solides n'a pas perdu de son efficacité, comme en
témoignent Mitä Minä ou Alkusanat. Pour apprécier toute
l'ambiance de cet album, le meilleur moyen est de lire les textes (traduits en
anglais dans le livret) pour tenter de découvrir la culture Karélienne, dont
le disque est une sorte de témoignage.